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Clinique infirmièrepar le collectif Hélianthe

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Nous sommes huit infirmiers spécialistes cliniques, avec des modes d'exercices et des disciplines différents, mais réunis par une même vision du soin et une même volonté: valoriser la clinique infirmière.

L'empathie dans le soin

07/06/2021

L'empathie dans le soin

L'empathie est considérée comme un élément central de la relation de soin. Mais de quoi parle-t-on? Nolwenn Gérard clarifie pour nous ce concept.

Depuis la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) de 2009, l’éducation thérapeutique du patient (ETP) est devenue un outil incontournable dans la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques. Lors de ce processus permettant au patient d’acquérir et/ou de conserver des compétences pour vivre de façon optimale avec sa (ses) maladie(s), le soignant va notamment être amené à utiliser la technique de la relation d’aide, méthode inspirée des travaux du psychologue nord-américain Carl Rogers. Pour cet auteur, il est nécessaire de percevoir, de l’intérieur, les réactions et les sentiments de l’Autre tels qu’ils lui apparaissent, et de lui communiquer cette compréhension : « Être empathique, c’est percevoir le cadre de référence interne d’autrui aussi précisément que possible et avec les composants émotionnels et les significations qui lui appartiennent comme si l’on était cette personne, mais sans jamais perdre de vue la condition du « comme si ». Ainsi, l’empathie permet de participer de façon aussi intime que possible à l’expérience de l’Autre tout en demeurant émotionnellement indépendant. Rogers a beaucoup insisté sur la notion de « comme si » : pour conserver sa posture de soignant (et être en mesure d’accompagner l’Autre), il ne faut pas instaurer de relation fusionnelle et garder en tête que l’on vise à ressentir ce que vit l’Autre, en ayant bien conscience que cela est quasiment impossible. 


Élément clé de la relation d’aide rogérienne, le concept d’empathie est considéré comme nomade et se retrouve dans de nombreuses autres disciplines. Il est apparu en premier chez les esthéticiens avant d’être utilisé en psychologie, en philosophie ou encore en psychanalyse. Il a aussi sa place en éthologie : Frans de Waal considère en effet que l'empathie est une caractéristique universelle des mammifères. Les neurosciences, avec notamment la découverte des neurones-miroirs, permettent de mieux comprendre les mécanismes de l’empathie. Lorsque l’on observe une émotion chez l’autre, par exemple le dégout, les neurones-miroirs s’activent et nous permettent d’éprouver, bien qu’à un degré différent, cette même émotion. Cette réponse n’est néanmoins pas automatique et dépend de l’évaluation que l’on en fait. Ainsi, la réaction neuronale sera moins forte si on estime que la douleur ressentie par l’autre sert à soigner. 


Dans le champ des soins infirmiers, les différentes définitions, parfois divergentes, en font un mot-valise difficile à appréhender. Les controverses autour de ce concept reposent essentiellement sur la place des affects. Le risque étant de se laisser envahir par nos émotions, de ne plus maitriser la distance protectrice et de perdre ainsi en efficacité. Et pourtant, au-delà des compétences techniques, les patients attendent surtout de nous une présence humaine et bienveillante. Dans son analyse du concept, Formarier conclut que l’empathie est la capacité cognitive et affective des soignants à comprendre la perspective subjective de l’autre personne tout en gardant leur distance émotionnelle. Selon cet auteur, elle constitue le socle d’une relation de confiance entre soignant et soigné.


Le processus d’empathie
Ressentir et penser sont les deux facettes principales de l’empathie : l’une est émotionnelle, l’autre cognitive. La composante émotionnelle de l’empathie consiste en une réaction automatique et non intentionnelle. Ainsi, lorsque nous voyons quelqu’un pleurer, nous sommes nous-même affectés. Il est intéressant de noter que pour certains auteurs, cette dimension n’existerait pas dans l’empathie : ils estiment que si elle est présente, nous ressentons alors de la sympathie pour l’Autre. La composante cognitive est quant à elle la capacité de se représenter les états mentaux de l’Autre grâce à un système conceptuel (théorie de l’esprit pour les cognitivistes ou mentalisation pour les psychanalystes). La fonction de l’empathie est donc de nous permettre de comprendre les autres et, ainsi, de nuancer notre point de vue en y intégrant celui d’autrui. Elle nous rend tolérant et bienveillant. L’empathie participe ainsi à notre socialisation en favorisant la solidarité et en permettant l’intériorisation des normes sociales. 


Le processus d’empathie comporte trois degrés : l’identification, la reconnaissance mutuelle et l’intersubjectivité. L’identification consiste à comprendre le point de vue de l’autre et ce qu’il ressent. Cela ne signifie pas que l’on se mette totalement à sa place mais qu’une résonance s’est établit. On peut s’identifier tout aussi bien à une personne réelle qu’à un personnage fictif (héros de dessin animé ou de roman par exemple). La reconnaissance mutuelle se fonde sur la réciprocité : je m’identifie à l’Autre et je lui accorde le droit de s’identifier à moi. Elle implique donc un contact direct ainsi que tous les gestes expressifs par lesquels j’atteste accepter de faire de l’autre un partenaire d’interactions. Inversement, l’absence de cette médiation expressive revient à nier l’existence de l’autre. L’intersubjectivité, quant à elle, consiste à reconnaître à l’Autre la possibilité de m’éclairer sur des parties de moi-même que j’ignore.


D’un point de vue communicationnel, l’empathie s’appuie sur l’échoïsation corporelle, c’est à dire ce qui se passe entre les individus, le plus souvent de façon non consciente. Elle inclut la parole, mais aussi la voix, les mimiques, les postures, les gestes, le rythme de parole et de mouvements et leur amplitude. Cette sorte d'imitation induit des affects similaires et permet ainsi l'identification. Par exemple, le fait de mimer très correctement des émotions (tristesse, peur, colère, joie) éveille en nous ces affects, et P. Ekman et coll. ont même démontré que les zones cérébrales correspondantes à chacune d'elles sont alors activées. Il est intéressant de noter que nous avons tendance à adapter nos expressions faciales à celles de l’Autre, et ceci dans un laps de temps de 30 secondes environ dès le début de l'interaction, sauf si nous avons des sentiments négatifs à son égard (un manque d'empathie). Dans ce cas, les mimiques ont tendance à rester différentes, voire opposées (sourire en face d'une expression de colère, par exemple). Par ailleurs, il semblerait qu'il soit plus difficile d'éprouver de l'empathie pour une personne physiquement très différente de soi.


Comment utiliser l’empathie ? 
L’empathie devrait constituer la base de notre pratique. Sans elle, les soins ne sont que l’application de techniques. Et pourtant, elle est souvent banalisée, dénigrée, galvaudée. On croit souvent qu’elle relève soit d’une communication ordinaire, soit d’une façon d’être complexe, un peu artificielle et utopique. Pourtant, l’empathie est un outil de travail qui devrait pénétrer nos échanges quotidiens et nos gestes techniques courants, comme par exemple : laisser au patient le choix de décider (le moment approprié pour la toilette par exemple), respecter sa liberté d’expression, l’inviter à poser les questions qui lui importent, le regarder dans les yeux, se pencher vers lui, ne pas le mettre mal à l’aise en lui faisant éprouver un sentiment d’infériorité, utiliser un langage accessible, ne pas lui couper la parole…Il n'est certes pas toujours facile d'acquérir en toute situation l'empathie souhaitable. Par exemple, certains patients peuvent ressentir de l’humiliation lors d’une situation de soin et pourront avoir tendance à nous le faire sentir ­ en nous humiliant aussi. Travailler nos propres émotions, même en supervision, n’est pas toujours chose aisée. Nous avons tous tendance à ne pas approcher les thèmes qui nous sont personnellement difficiles. Ces « évitements » sont importants à reconnaître, et, dans la mesure du possible, à combattre par un travail intérieur. Respectons cependant aussi nos limites. Plusieurs études démontrent que des interactions empreintes d’empathie contribuent à diminuer l’anxiété et la détresse des patients, à augmenter leur satisfaction des soins reçus, à diminuer la douleur physique, à renforcer l’adhérence au plan de traitement et l’auto-gestion des maladies chroniques mais aussi à harmoniser les interventions en soins infirmiers et à valoriser leur pratique chez les infirmières. 


Pour conclure, l’empathie facilite la relation thérapeutique, par conséquence, elle favorise la prise en soins des patients. Il semble donc nécessaire de reconsidérer ce concept souvent banalisé. En effet, en faisant l’effort de comprendre les personnes que nous soignons et accompagnons, en leur accordant notre présence pleine et entière, notre travail ne pourra en être que facilité. (Ré)apprenons donc à nous concentrer sur l’essentiel : la spécificité de l’Autre. Cela pourrait nous éviter bien des écueils dans notre pratique quotidienne, notamment celui de nous enfermer dans nos représentations.


Sources:
Formarier M. La relation de soin, concepts et finalités. Recherche en soins infirmiers. 2007; 89: 33-41.
Jorland G. « Empathie et thérapeutique », Recherche en soins infirmiers, vol. 84, no. 1, 2006, pp. 58-65.
Lecomte J. « Empathie et ses effets », EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Savoirs et soins infirmiers, 60-495-B-10, 2010

 Rogers (C), A way of being, Boston 1980, Houghton Mifflin compagny, cité par Decety, L’empathie 2004, p 59.
Simon E, « Empathie », in Monique Formarier et al., Les concepts en sciences infirmières (2ème édition), Association de recherche en soins infirmiers (ARSI) « Hors collection », 2012 (), p. 168-171. DOI 10.3917/arsi.forma.2012.01.0168
Simon E. « Processus de conceptualisation d'« empathie » », Recherche en soins infirmiers, vol. 98, no. 3, 2009, pp. 28-31.
Tisseron S et Bass H. « L'empathie, au cœur du jeu social [*] », Le Journal des psychologues, vol. 286, no. 3, 2011, pp. 20-23.
http://oriiml.oiiq.org/volume-09-numero-05/tendances-infirmieres consulté le 23/4/2021
http://www.prendresoin.org/wp-content/uploads/2014/06/Efficacite-et-empathie-en-soins-infirmiers.pdf consulté le 21/4/2021
https://www.revmed.ch/RMS/2005/RMS-5/30166 consulté le 19/4/2021

 

Nolwenn Gérard

Infirmière Spécialiste Clinique